Nos sociétés humaines voient les solutions vivables, viables et équitables disparaître et le temps dont elles disposent peut-être également. Les mauvaises nouvelles s'accumulent. "The End of Cheap Food" titre cette semaine The Economist. Et jamais les Restos du Coeur n'ont eu autant de repas à distribuer. Et coetera.
Au milieu des inquiétudes, il existe quelques enclaves où s'affranchir de ces temps et de ces sombres pensées. Des lieux clos par la nature ou par les distances, des lieux inaccessibles, des havres inabordables.
Pour quelques millions de privilégiés, ce sont des terres sacrées, loin du monde, où l'on peut se réinventer, réexister, rassembler des "fragments d'expérience (...) -beauté, complétude, énergie, perfection -".
Bienvenue au Club Med, dont les propositions se renforcent à mesure que les inquiétudes grandissent.
Le Club Med, dont le concept a accompagné les désirs d'utopies depuis sa création et qui aujourd'hui veut nous rappeler que le bonheur est non le produit d'une consommation (id est le plaisir) mais une attitude et un bénéfice "durable" dont la marque est l'inépuisable pourvoyeur.
Le bonheur, comme de l'eau de jouvence : mythe, promesse, illusion... mais s'y abreuver ne peut être mauvais..et puis.... ça pourrait marcher... le bonheur d'une peau lisse retrouvée, le bonheur d'une jeunesse paradisiaque. Bref, vous imaginez le tableau.
Aujourd'hui, il n'est plus question de disparition de l'argent ou d'égalité entre membres d'un village perdu au paradis.
On a glissé de l'utopie à l'utopie réaliste, c'est-à-dire de la quête du bonheur à la recherche de l'oubli. Oubli de soi, des autres, du monde. Le bonheur, c'est se vider la tête, cesser d'être inquiet : s'immobiliser, au repos. Un luxe. Simple.
Pourtant, n'est pas luxueuse l'idée que le bonheur ce peut être aussi de toutes petites choses. Le bonheur, comme la beauté, est dans les détails, dans la subtilité, dans l'infinitésimal.
Le mouvement pour la création de la Journée Officielle du Bonheur (quand même une proposition redoutablement orwellienne) s'exprime ainsi par des actes micromédiatiques, vaguement dadaïstes. Cherchant à constituer une communauté autour de cette idée, le collectif diffuse ses performances souriantes via Youtube ou FB. Sympa :
"C'est précisément cette dimension de hobby, cette activité que n'importe qui peut pratiquer pendant son temps libre, chez soi (...) qui organise le lectorat du texte utopique (...) Aussi l'utopie est-elle par définition une activité d'amateur." (F. Jameson).